Balance ton Racelard: La honte doit changer de camp
Le CRAN (Conseil Représentatif des Associations Noires) lance le site « Balance ton racelard ». Cette plateforme a pour objectif d’exposer les auteurs de propos racistes, d’accompagner juridiquement les victimes et de signaler aux autorités compétentes les comptes diffusant des contenus racistes sur les réseaux sociaux. Car le racisme n’est pas une opinion, c’est un délit.
Cette initiative trouve directement son origine dans le climat délétère qui a suivi l’élection de Bally Bagayoko à la mairie de Saint-Denis (Seine-Saint-Denis). Sa victoire a constitué un moment démocratique fort pour la ville. Pourtant, à peine élu, l’édile a été la cible d’un déferlement de haine raciste et d’un cyberharcèlement d’une violence inouïe.
Cette vague de haine négrophobe n’a malheureusement rien d’inédit en France. Elle est même symptomatique d’un mal bien plus profond : l’incapacité persistante de certains à accepter qu’un homme noir puisse accéder à une fonction de pouvoir dans notre pays. L’exemple de Christiane Taubira reste gravé dans les mémoires. Lors de sa nomination au ministère de la Justice en 2012, elle avait été comparée à une guenon par une candidate du Front national. Il avait alors fallu près de deux semaines pour que ses collègues du gouvernement s’en indignent publiquement et avec fermeté.
Aujourd’hui encore, Bally Bagayoko est comparé à un primate ou à un « chef de tribu primitive ». Comme si, dès lors qu’une personne noire franchit le plafond de verre, certains ressentaient le besoin de la renvoyer à une supposée animalité. Ce réflexe raciste constitue un véritable leitmotiv dans l’histoire contemporaine française.
Le même mécanisme se reproduit chaque fois qu’une Miss France métisse ou noire est élue : un flot de commentaires racistes envahit aussitôt les réseaux sociaux, dans une relative indifférence politique et médiatique. Les footballeurs noirs français connaissent eux aussi trop bien cette violence, eux qui sont régulièrement pris pour cibles dans les stades ou en ligne.
Si même la garde des Sceaux, celle qui incarne la loi de la République, a dû faire face à une telle vague de haine, il n’est pas difficile d’imaginer ce que vivent quotidiennement des millions de Français afrodescendants. Cette situation est intolérable.Tous ces épisodes révèlent l’existence d’un racisme systémique qui continue de gangrener notre société. L’imaginaire colonial projette encore sur les corps noirs des stéréotypes de subordination, comme si leur place devait demeurer à la marge du pouvoir, de la représentation ou de la légitimité républicaine.
Or, qu’on le veuille ou non, l’avenir politique, social et culturel de la France s’écrira avec des femmes et des hommes racisés occupant des postes de responsabilité. Ce mouvement est irréversible et il est salutaire.
La France ne sera fidèle à son idéal universaliste que le jour où chaque citoyen, quelle que soit sa couleur de peau, y aura pleinement sa place.
Ce que subit Bally Bagayoko n’est pas un incident isolé : il incarne la réalité quotidienne de millions de Français confrontés à la banalisation du racisme. La honte doit changer de camp. Ce ne sont pas les personnes racisées qui doivent s’excuser d’exister, mais les racistes qui doivent avoir honte de leurs paroles et de leurs actes.
Nous ne changerons peut-être pas le cœur des racistes. Mais nous pouvons et nous devons les empêcher de déverser leur haine dans l’espace public. Le combat contre la négrophobie n’est pas seulement celui des Noirs de France, c’est un combat pour la République elle-même.
Thiaba BRUNI
Porte-parole et Vice-présidente du CRAN